06/02/2010
A PROPOS de GAZA

Les Ponce Pilate
Peut-on parler de «communauté internationale» quand la prétendue communauté laisse un peuple voué à la mort lente, asphyxié par le blocus, entassé le long de la Méditerranée sur cette mince portion de territoire qu’est la bande de Gaza ? Plus d’un an après les bombardements israéliens qui ont dévasté la ville, décimé les camps de réfugiés, tuant des milliers d’hommes et de femmes, des nouveau-nés et des vieillards, les États-Unis, l’Europe, les pays voisins, au-delà des mots parfois prononcés dans les discours, laissent faire, regardent ailleurs. C’est la vieille histoire de Ponce Pilate toujours recommencée. Comme ils ont toléré «le massacre des innocents» à la fin de 2009, ils laissent deux millions de Palestiniens dans leur prison à ciel ouvert qui est devenue un champ de ruines. Et pourtant les changements survenus dans l’administration états-unienne, avec l’élection de Barack Obama et la nomination d’Hillary Clinton à la tête de la diplomatie américaine, avaient fait naître beaucoup d’espoir dans la rue palestinienne et chez tous ceux qui désespéraient de voir la reprise du processus de paix, brutalement interrompu il y a dix ans déjà. Depuis, c’est une décennie plus longue qu’un siècle u’ont traversée les Palestiniens et pour une certaine part aussi la population d’Israël. Celle-ci vivrait assurément bien mieux dans un pays en paix entretenant des relations normales avec un État voisin, dans le respect réciproque de la souveraineté d’Israël et de la Palestine.
Au lieu de cela, les bulldozers ont arraché les oliviers et les citronniers des paysans palestiniens le long du mur qui sépare la Cisjordanie d’Israël, et les chars ont pilonné à Gaza… Est-ce ainsi que les hommes doivent vivre? Le monde, et singulièrement l’Europe, manque à son devoir de solidarité en laissant s’enfoncer le Proche-Orient dans un état de guerre permanent. Et, s’agissant des peuples, même en considérant l’asymétrie des souffrances endurées, ces tensions et ces violences qui ont accompagné la seconde moitié du siècle dernier constituent un conflit dans lequel tout le monde est perdant.
Le rapport Goldstone commandité par l’ONU a conclu à l’accusation très lourde de crimes de guerre commis par l’armée israélienne lors de son agression contre la bande de Gaza. Cela aurait dû entraîner des sanctions, et conduire la diplomatie internationale à exercer sur le gouvernement israélien des pressions pour qu’il cesse de couvrir des actes de non-droit. Les accusations contenues dans le rapport Goldstone – qui, notons-le au passage, n’a pas bénéficié d’une grande publicité dans les médias dominants – sont corroborées aujourd’hui par des militaires israéliens qui témoignent des consignes données par l’état-major: un civil qui circule dans une zone non autorisée, un tir de missile; plusieurs, une maison détruite. C’est l’obligation du feu à volonté. Comment un État démocratique peut-il instituer de telles règles qui légalisent la barbarie ? L’ONU peut-elle recevoir un tel rapport et ne pas mettre tout en œuvre pour amener le gouvernement israélien à cesser de s’enfoncer dans sa folie meurtrière? S’il y a peu à attendre ?€?du gouvernement actuel de droite et d’extrême droite, l’opinion publique d’Israël ne pourra rester insensible aux crimes commis prétendument en son nom. Des peuples que l’Histoire a faits voisins ont l’obligation de vivre ensemble. Et le mieux possible. Dans la paix enfin conquise.
Editorial par JEAN-PAUL PIÉROT (l'Humanité du 5 février 2010)
14:16 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gaza, palestine, israel, onu



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