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04 août 2015

RÉSISTANCE BITERROISE

pcf beziers

Béziers est la plus grande ville " conquise par le Front National" aux dernières municipales. Encore que comme le répète Robert Ménard "Je n'ai que 4 FN sur ma liste" oubliant que son cabinet et ses conseillers sont recruté chez des "Identitaires" trouvant le FN trop mou et que sa première adjointe était déjà là sous la précédente municipalité. Dans une ville de 75.000 habitants gérée pendant 19 ans par la droite UMP la plus extrême (le député est "droite populaire"), ville classée par l'INSEE 3ème ville la plus pauvre de France dans sa catégorie de population.

Un parti communiste "résuscité" après l'aventure Hue – Gayssot. Notre parti a dans cette ville plus d'adhérents qu'au moment où Gayssot encore ministre, soutenu par la fédération départementale d'alors, est venu s'imposer comme tête de liste aux municipales sans avoir consulté un seul communiste du cru. Ce qui se termina par un échec électoral cuisant et le départ d'un tiers des adhérents n'admettant pas leur mise en minorité sur chaque vote, vers une autre section.

C'est donc en résistant au jour le jour à la politique de la droite UMP la plus radicale que s'est construit le PCF d'aujourd'hui doublé d'ailleurs d'une JC active ; dans cette lutte la présence constante ces dernières décennies d'Aimé Couquet élu communiste très combatif, animateur également de la vie de la section locale et de la fédération est décisive.

Rassembler les communistes, respecter leurs choix majoritaires, ne rien laisser passer, être présent dans chaque bataille politique, idéologique, électorale a été l'élément constant de notre orientation. Chercher à chaque étape toutes les possibilités de rassemblement, être présents dans toutes les confrontations électorales, et dans aucun cas ne laisser en quoi que ce soit s'effacer le PCF.

Le résultat est là, aux dernières cantonales trois binômes communistes réalisant entre 7,5 et 11 % selon les cantons et l'élection de 6 conseillers apparentés FN à la suite de l'effondrement de l'UMP et d'un nouvel effondrement du PS perdant la moitié de ses voix par rapport aux précédentes cantonales alors que nous en gagnons environ 300. Le charcutage électoral socialiste a été balayé par les électeurs.

Sur la longue durée donc un remplacement d'un PCF parvenu de très peu à l'hégémonie électorale dans la décennie 70 -80 avec l'élection en 1977 d'une municipalité d'union dirigée par le communiste Balmigère à une hégémonie PS dans la décennie 90 glissant peu à peu à une presque totalité des représentations électives occupées par la droite extrême puis l'extrême droite. Ce n'est pas Ménard qui a commencé à manifester avec les nostalgiques de l'OAS devant la stèle portant le nom de 4 fusillés de cette bande criminelle, c'est Aboud l'actuel député UMP de la circonscription il y a plus de 5 ans. Nous étions déjà en face! 

L'appauvrissement et le viellissement de la population se poursuivant au cours de ces décennies. Dans la ville le taux de chômage INSE dépasse 18 %.

Les pressions n'ont pas manqué au cours des ans pour que nous nous effacions, un jour l'un un jour l'autre c'est toujours le même discours de la part de la gauche social démocrate: Effacez vous, laissez nous. Disparaissez. Aidés longtemps ce qui n'est plus le cas aujourd'hui par une grande part de la direction départementale du PCF. C'est même allé il y a 9 ans jusqu' à la présentation du secrétaire départemental contre les candidats désignés par une très large majorité de la section.

Dans le biterrois tout s'est donc joué au fil des ans sur la place et le contenu de l'action et de l'organisation communiste. Bataille politique dans le parti, à l'extérieur du parti, bataille de conviction, d'organisation, de construction sans cesse renouvelée de la culture communiste (journal de section, fête de section, école de section, vie des cellules). Au plan de la section, de la fédération, au plan national, également puisque j'ai été désigné comme candidat de la liste "Faire vivre et renforcer le PCF" et que j'interviens à ce titre à chaque réunion du CN depuis 7 ans.

Il reste que Ménard a été élu, qu'il vient de gagner les départementales. Revenons aux conditions de son élection. 19 ans de municipalité de droite, une véritable usure du pouvoir, une droitisation extrême. Le lent enfoncement dans la crise, le cumul, l'accentuation des inégalités: Béziers est la ville de la région comptant proportionnellement le plus de citoyens payant l'impôt sur la fortune. Un nouvel glissement à droite, 43 % des voix pour la liste d'extrême droite, la droite perdant la moitié de ses voix, très fort affaiblissement du PS, maintient de la liste de rassemblement présentée par le PCF dans le cadre du Front de gauche. Nous sommes en Languedoc: des progrès phénoménaux du FN dans quasiment toutes les localités y compris les villes de Montpellier et Sète. La différence c'est qu'à Béziers dans le cadre d'une grande activité de Ménard la droite" classique" s'est effondrée. 

On est depuis dans l'actualité. Que fait Ménard, comment? Pourquoi?

J'ai appelé au nom de la section le CN à réfléchir au laboratoire qu'est pour le FN notre ville, à la violence de la lutte idéologique menée. Ce n'est ni Toulon, ni Orange et même pas le 14 ème arrondissement de Marseille. C'est la poursuite méthodique de la mise en place d'orientations fascisantes sur la base de ce qui n'est plus un siphonage des voix de droite- on est plus en 1995- mais de véritables ponts permettant les échanges. L'électorat " de gauche" étant, pour sa part non communiste paralysé par l'abstention. Le parti socialiste et ses satellites verts ou de la "Gauche radicale" étant tout aussi tétanisés que leur électorat.

Nous arrivons à les entraîner à certaines actions, mais c'est toujours du bout des lèvres: au deuxième tour des municipales une des quatre sections socialiste a appelé au nom d'un soi disant front républicain à voter UMP! Ça s'est réglé entre socialistes par des horions dans la rue et des plaintes à la police. Notre fermeté a quand même permis l'élection de 5 élus de gauche dont un communiste. Heureusement que nous n'avons pas alors cédé aux sirènes présentes dans notre direction nationale, pronant l'abandon! Pour les récentes cantonales après avoir accepté publiquement notre proposition de binôme socialo-communiste le conseiller général socialiste sortant est allé chercher une ancienne communiste, "camarade" de Gayssot, élue sur une liste UMP et a tenté de nous l'imposer. En gros il voulait bien d'un rassemblement et des voix se reconnaissant dans le communisme à condition de choisir l'élue baptisée par ses soins communiste. Il a été balayé par les électeurs.

Les combats de rassemblement contre l'extrême droite continuent: idéologique, politique, électoral. En s'opposant au conseil municipal, dans les médias, dans la rue, parfois au tribunal à:

  • L'arrété du maire imposant un couvre feu pour les adolescents de certains quartiers;

  • La diminution drastique du budget de l'aide sociale;

  • L'achat de blouses pour les enfants du primaire, refusées par tous les conseils d'école!

  • L'arrété interdisant l'étendage du linge aux fenêtres.

  • La messe officielle aux arênes pour la Féria;

  • Le non remplacement des jeux abîmés dans les cités populaires.

  • L'armement de la police municipale instrumentalisé par une campagne d'affiches municipales présentant un revolver comme le meilleur ami des policiers municipaux.

  • La crêche dans le hall de la mairie;

  • Un journal municipal copie conforme du pire"Minute";

  • Et toute dernière mesure qui a fait le tour de France des médias, l'annonce d'un pourcentage de 63, 9% de musulmans dans les écoles publiques sur la base d'un fichage municipal à partir des prénoms des enfants!

J'en oublie forcément, l'essentiel restant l'adoption d'un budjet de super austéritécombinant diminution brutale des investissements, diminution des services rendus aux citoyens (suppression d'emplois non statutaires) en application de l'orientation annoncée dès son début de campagne l'intention de "chasser du centre ville les maghrébins les gitans et les pauvres".

L'essentiel de cette tranche de vie est que l'opposition que nous faisons vivre pour une bonne part tend à s'accroître,le 8 janvier c'est une partie de la population biterroise massée devant la mairie qui a raccourci par ses cris hostiles le discours islamophobe du maire. Ce qui n'est pas rien, c'est aussi en ce début de mois l'apparition pour la première fois du mot d'ordre "Ménard démission" contre le fichage des enfants dans les écoles...

L'essentiel c'est qu'au coeur de la résistance démocratique existe un parti communiste attaché au combat de classe et aux rassemblements. La question est de le faire grandir.

Paul Barbazange secrétaire de section

PS: Notre journal, l'Humanité, a envoyé à Béziers son correspondant. Celui ci a rencontré le parti de Gauche qui a un adhérent sur la ville et d'autres citoyens se déclarant de gauche. Il a volontairement omis de rencontrer l'élu communiste par ailleurs très souvent sollicité par les médias de la bourgeoisie. Mais ceci est un autre des questions qui nous sont posées par l'action.

 

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